La réalité des modèles ''Plus Size'' La réalité des modèles ''Plus Size''


La réalité des modèles ''Plus Size'' L'opportunisme des entreprises de la mode, entre la promotion de l'obésité et le ''fat shaming". Un juste milieu est à trouver. Thèmes  :   Beauté  Femme  Graisse  Mannequin  Mode  Modèle  News

Sommaire



Imprimez - Téléchargez - Partagez cet article



L’exposition sur internet d’images de femmes obèses déclenche à coup sûr du « fat shaming » (en français moqueries sur le poids), cette pratique qui vise à humilier les personnes corpulentes. Les entreprises de la mode s’emparent à leur tour des mannequins « Plus Size », comprenez les personnes au-dessus des « normes »... qui sont toutes relatives. Saupoudrez d’opportunisme et de candeur, et vous avez de la bonne sauce à ragots et idées bien-pensantes.

Cela fait beaucoup de guillemets utilisés n’est-ce pas ? Car il est de bon ton ces temps-ci de prendre des pincettes pour évoquer le sujet de l’obésité.

J’ai des pincettes dans ma poche (quand je peux / veux), mais vais-je vraiment les utiliser ?


Tout part d’un tweet


Tess Holliday, une hippopodame ?

Kim Kardashian y eut droit aussi en son temps, à une comparaison avec un hippopotame. Un trait d’humour un peu lourd... un battement d’aile de papillon dans un coin du globe (pas beau le papillon !), qui déclenche comme d’habitude un tsunami de commentaires positifs et négatifs, qui viennent se heurter au mur de l’apparente indifférence de la personne concernée : Tess Holliday.

Kim Kardashian, une autre hippopodame dans son temp

Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Tess Holliday est une mannequin « Plus Size », c’est à dire qu’elle est (très) éloignée des normes de l’industrie de la mode.

A quel point ? Je laisse Serge Gainsbourg l’exprimer à sa façon.

Serge Gainsbourg l’a chanté

C’est un Rubens
C’est une hippopodame
Avec un D
Comme dans marsh-mallow

Serge Gainsbourg - L’hippopodame

A notre époque, cette chanson peu connue aurait fait un tollé ! Elle aurait été qualifiée de « fat-shaming », ce qui est exactement le cas avec le tweet mentionné en premier.


Mes réactions

  • Ma première réaction a été de sourire, car j’ai l’esprit ouvert : cette blague, même un peu lourde, est tout de même bien trouvée. Et puis, c’est quand même Peter Parker (Spider-Man) qui a été utilisé
  • Ma deuxième réaction : légèrement honte d’avoir ri intérieurement
  • Troisième réaction : aller chercher sur internet de quoi il s’agissait exactement
  • Quatrième réaction : de l’information vient la réflexion, sujet du présent article

Au risque de vous choquer, loin des débats enflammés, je vous livre ma vision de cette histoire.


Analyse d’un certain opportunisme

La position de Tess Holliday

Tess Holliday dans Cosmopolitant UK d’octobre 2018

D’un côté, il y a cette femme, Tess Holliday, qui pose depuis quelques temps avec succès et toutes ses rondeurs, et dirais-je pas mal de candeur apparente. Elle a beaucoup de personnes qui la « suivent », cela fait d’elle une célébrité. Jusqu’à poser pour Cosmopolitan UK en octobre 2018, tout de même.

Je dois avouer que je suis partagé devant ses photos : elle un beau visage, ce qui « sauve » un peu le reste, car il faut bien l’avouer : elle est plutôt imposante. L’obésité est dangereuse pour la santé, comme vous l’explique le site de la Sécurité Sociale

Et malgré ces risques, Tess Holliday milite à travers sa différence. Elle affirme même en être bien heureuse, pour preuve un extrait de la réponse à l’infâme tweet :

Stuff like this doesn’t bother me. It doesn’t make me mad... I literally feel nothing. I’m beautiful, successful, happy & grateful. How could I have time to be bothered ?

Traduction : ce genre de choses ne m’embête pas. Cela ne me met pas en colère... Littéralement, je ne ressens rien. Je suis belle, j’ai du succès, heureuse & reconnaissante. Comment est-ce que je pourrais avoir le temps d’être inquiétée ?


Ce qui me dérange dans cette histoire de tweet :

  • une blague un peu potache déclenche des torrents de haine et incompréhension, toute la connerie humaine se concentre sur quelque chose qui, encore une fois, n’a pas vraiment d’importance
  • Malgré ses déclarations, Tess Holliday a quand même réagi : laissez-moi donc douter légèrement de sa prétendue indifférence, car toute personne corpulente depuis l’enfance se rappelle des humiliations dans la cour de récré ou du lycée. Ce genre d’histoire doit la replonger un peu dans le passé. Il y a assurément une part de revanche dans cette attitude, envers ceux qui l’ont maltraitée
  • Tess Holliday, à plusieurs reprises, a largement évoqué l’argent que son image rapporte. Elle a même l’air d’en être plutôt fière (un peu trop ?) --- Sa réponse un peu lisse laisse penser qu’elle soigne bien son image publique. Et cela rejoint le commentaire précédent : la meilleure revanche sur ses détracteurs est une feinte indifférence ET une affirmation de son succès (et toc !)


L’opportunisme des géants de la mode

Élargissons le débat, et penchons-nous un peu sur les entreprises du monde de la mode qui utilisent des mannequins hors-normes.

En effet, depuis quelques années, nous avons droit, par les géants de la mode, à des représentations différentes, dans lesquelles figurent des personnes hors-norme (oui, on peut parler de « standard » dans le monde de la mode).

On peut citer des mannequins albinos comme Diandra Forrest, devenue l’égérie de la marque Wet & Wild en 2017.

Diandra Forrest, un mannequin albinos

Ou Madeline Stuart, mannequin atteinte du syndrome de Down, qui a pu défiler à la Fashion Week.

Madeline Stuart, mannequin atteinte de trisomie 21 (ou syndrome de Down)


Ou des mannequins annoncées comme « Plus Size » par certaines marques, et qui ne dépassent pas la taille 38 ! Car rappelons-le, un peu plus de 35% des femmes françaises portent des vêtements de taille 40-42. Victoria’s Secret, très critiquée car ne voulant pas donner leur place aux mannequins « Plus Size », est une des seules entreprises à afficher ouvertement son rejet des « grosses » (comprenez : celles qui font une taille supérieure au 36). Ashley Graham et Tess Holliday sont des OVNIS au milieu de tout cela.

Victoria’s Secret a été très critiquée pour sa vision du ’’corps parfait’’

Au même titre que les mannequins albinos ou celles atteintes de maladies génétiques (et je passe les autres types), les mannequins « Plus Size » sont pourtant de plus en plus invitées aux défilés de mode, et de ce fait en deviennent un peu l’attraction. Mais pourquoi le monde de la mode s’intéresse à elles, alors qu’il prône toujours la maigreur excessive des modèles, même indirectement ?

Ne nous voilons pas la face : les entreprises existent pour gagner de l’argent ! Et de ce fait, elles se doivent de soigner leur image publique. Alors elles « saupoudrent » leurs défilés et leurs photos de mannequins qui vont satisfaire tel ou tel mouvement ou propagande... et jettent en pâture au public ces femmes différentes, parfois innocentes, souvent de bonne foi.

Quand je vois ceci, j’éprouve la même sensation que quand je vais au zoo : je suis dépaysé, j’aime les animaux, à la différence que les pauvres bêtes n’ont rien demandé, elles.


Le mot final d’AbsurdePhoton

A travers ce tweet qui devient un fait-divers du monde de la mode, est exposé l’opportunisme des uns et des autres, et les réactions envers l’obésité.

Utilisées de leur plein gré ou non, les mannequins hors-normes n’envahiront jamais véritablement les podiums, car elle ne sont que les instruments d’une propagande menée par l’industrie de la mode.

Cette industrie de la mode qui a l’habitude d’utiliser comme de la chair à canon des femmes, pour abreuver les yeux de madame-tout-le-monde d’images faussées de la réalité --- qui deviennent de facto des standards... contrôlés, avec juste ce qu’il faut de mannequins hors-normes pour sauver les apparences.

Ashley Graham, mannequin ’’Plus Size’’. Hors-norme... mais pas tant que cela

Je n’aime pas trop l’idée de promouvoir l’obésité comme un modèle... mais l’idée de fond est bonne, si cela peut aider à ouvrir les esprits. Et puis, une mannequin un peu dodue ou avec des yeux étranges, c’est pas mal aussi !

Mais par pitié, messieurs-dames de l’industrie de la mode, ne tombez pas dans les extrêmes, ce n’est jamais bon. Entre le « trop peu » et le « trop », il y a un juste milieu.

J’espère sincèrement que madame Tess Holliday est réellement heureuse et bien dans sa peau, c’est le plus important pour une femme...

...et surtout qu’elle arrivera à rebondir quand les marques et géants de l’industrie la lâcheront peu à peu. Imaginez quand elle reviendra à l’anonymat : hors des feux des projecteurs, elle redeviendra juste une « grosse » pour les gens qu’elle croisera dans la rue, et qui ne la reconnaîtront pas.


Triste prévision de la morale de cette histoire.


Ajoutez votre commentaire ici

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?





Imprimez - Téléchargez - Partagez cet article

Thèmes  :   Beauté  Femme  Graisse  Mannequin  Mode  Modèle  News



© 2016-2019 AbsurdePhoton