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Les canons de beauté féminins


Les canons de beauté féminins Résumé - Les époques et les modes changent, mais pas les femmes : seul le regard porté sur elles évolue, définissant les ''canons de beauté''. Thèmes  :   Beauté  Femme  Image  Mode  Psychologie  Stéréotype

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Qu’est-ce qu’un « canon » de beauté ?

Le sculpteur grec Polyclète a été le premier à rédiger un traité sur son art, le Canon (Κανών / Kanốn, littéralement la « règle »), dont le texte original a été perdu. Dans celui-ci, on pouvait trouver un ensemble de rapports numériques entre les différentes parties du corps. Aphrodite Braschi - (ↄ) glyptothèque de Munich Polyclète avait défini comment travailler, et a appliqué ses propres principes sur une première statue, qui s’appelle justement... le Canon.

Le Larousse définit le canon comme « Modèle idéal auquel il faut se conformer », et « Type idéal de proportions choisi par un artiste pour représenter l’être humain ».

Ainsi donc, un modèle idéal existerait pour les artistes en général ? En observant la diffusion des arts à toutes les époques, un effet d’émulation a toujours existé : un artiste de renom est envié, et donc copié. Les modes se créent ainsi, et perdurent.

La durée de ces « modes » tend à raccourcir au fur et à mesure que les moyens de communication évoluent, accélérant la diffusion de l’information. D’un style quasi-unique pour les statues dans l’antiquité au temps des grecs, nous sommes passés par plusieurs « styles » d’allure au XXè siècle, et cela s’accélère depuis l’avènement de l’internet. Qui se rappelle encore la « Tecktonik », cet ensemble de musique électro/danse/mode qui a émergé de façon fulgurante sur toute la planète, et s’en est allé tout aussi rapidement au bout de quelques mois dans le courant des années 2000 ?

Les canons de beauté se différencient en canons masculin et féminin, mais nous n’étudierons ici que le pendant féminin.


Les différentes époques

Les normes de beauté ont beaucoup varié dans le passé, selon les populations et les époques. Elles n’étaient parfois que très peu basées sur les mensurations, et tenaient parfois à des détails.


La préhistoire

Plus de 200 figurines féminines datant du Paléolithique Supérieur Eurasiatique (-45.000 à -10.000 ans) ont été découvertes jusqu’à présent. Elles ont été trouvées de l’Europe de l’ouest à la Sibérie. Elles présentent certaines similitudes, tendant à montrer déjà une diffusion des arts même en ces temps reculés : certains détails anatomiques montreraient une origine commune orientale, suivie d’une diffusion vers l’ouest. Elles sont en bois, en ivoire, ou en pierre par exemple.

Les Vénus de la préhistoireDe gauche à droite, puis haut vers le bas : « Vénus Impudique », « Figurine à la Ceinture », « Dame de Brassempouy », « Figurine en ivoire brun », « Vénus de Willendorf », « Vénus de Laussel »

Reconstitution de la ''Dame de Brassempouy'' - © Libor BalákCertaines représentations de femmes sont fines, mais la plupart présentent des attributs sexuels exagérés et des formes généreuses : une poitrine démesurée, des fesses très rebondies, des cuisses larges, un ventre replet. A noter que le sexe est souvent bien représenté, de manière presque anatomique pour la Vénus de Willendorf par exemple.

Alors, les hommes des cavernes aimaient-ils leurs femmes bien dodues ?
Des doutes subsistent, car l’écriture n’existait pas encore, et les traditions orales se sont depuis longtemps perdues ou subsistent très déformées.


L’Égypte antique

Les œuvres Égyptiennes s'inscrivaient dans une grille de 18 carrés de haut de la plante de pieds à la racine des cheveuxAucune inscription n’en a été trouvée, mais il semblerait que les Égyptiens façonnaient leurs œuvres selon des règles strictes. Des chercheurs ont depuis longtemps remarqué que des lignes horizontales ou des réseaux de lignes orthogonales se croisaient à intervalle plus ou moins régulier et formaient une sorte de grille. Il a depuis été prouvé que c’était bien le cas, à partir du Moyen Empire, la figure s’inscrivant dans une grille de 18 carrés de haut.

Statue de Cléopâtre datant du Ier siècle av. JC - (ↄ) Wikipedia La « mode » a changé au Nouvel Empire, les membres s’allongent au cours de la XVIIIè dynastie, donnant une image plus dynamique. Sous Ramsès III, les artistes augmenteront même légèrement la dimension des bras, de manière à compenser l’allongement extrême des membres inférieurs, rendant les figures quasiment inhumaines dans leurs proportions, les grilles passant à 20 carrés.

A cette époque, une belle femme est jeune, mince, élancée, musclée, avec des petits seins, et des hanches et des fesses rebondies. Les femmes emblématiques de cette époque sont les fameuses Néfertiti et bien sûr Cléopâtre VII.


La Grèce antique et l’époque romaine

La fameuse Vénus de Milo vers 130-100 av. JCL’idéal Grec de la beauté était masculin à cette époque, les femmes sont moins représentées directement : pour les Grecs de l’âge classique, la beauté idéale appartient exclusivement aux dieux. Elles apparaissent plutôt sous forme de déesses, nymphes, ondines et autres muses.

Le corps athlétique est admiré, aux proportions parfaites. Les femmes comme les hommes s’exercent au sport. La femme idéale est donc jeune, athlétique, et bien proportionnée. On observe toutefois que les bras et les jambes ne sont pas maigres, mais restent fermes et élancés. Sur les formes sculptées, on trouve souvent des abdominaux parfaitement dessinés. Le maquillage était peu utilisé.

Les romains bénéficieront de la culture grecque, qui s’est diffusée dans l’ensemble du bassin méditerranéen. Les proportions s’appliquent avec moins de rigueur, les formes sont plus libres, les membres s’allongent pour représenter le mouvement par exemple. La ressemblance est plus réaliste dans les statues.


Le Moyen-âge

La chrétienté a envahi l’Europe au Moyen-Âge, structurant peu à peu la société. La beauté est une tentation, une vanité. L’image de la femme idéale et pure est la Vierge Marie. Les femmes au moyen-âge

En ce qui concerne les femmes, elles sont préférées juvéniles. Le visage est présenté sans artifice, Le front est épilé à la racine des cheveux pour paraître bombé.

Même si l’église est contre le maquillage, les femmes apprécient le khôl et les fards. La peau devait être la plus blanche possible, symbole de pureté, et les cheveux blonds et ondulés étaient particulièrement appréciés.

La silhouette idéale est fine, les hanches étroites, les seins petits et écartés, avec un ventre rebondi, symbole de fécondité. La nudité est évidemment proscrite, cachée, et la pilosité est considérée comme honteuse car animale, donc les femmes s’épilent tout le corps.


La Renaissance

L'Homme de Vitruve par Léonard de VinciLa Renaissance de l’Antiquité est une époque où les intellectuels et les artistes redécouvrent les anciennes cultures, les traduisent et s’en inspirent fortement. On observe un retour à la grâce des corps, où même la nudité a sa place. L’idéal de la beauté féminine est influencé par les canons de la Grèce antique. Michel-Ange, Botticelli, Léonard de Vinci quantifient de nouveau la beauté.

La naissance de Vénus par Sandro BotticelliLa femme, à l’image de la Vénus sortant de l’eau, est en même temps charnelle et céleste. Une peau diaphane et des cheveux blonds parent un corps légèrement dodu : une poitrine généreuse, un ventre rebondi et de larges hanches. Tout est signe de bonne santé et même de richesse.

L’utilisation des corset à baleines permet d’obtenir une taille marquée et fine, lisse et sans bourrelets. Les courtisanes vénitiennes sont considérées comme les plus belles femmes du moment, Venise étant la principale puissance marchande et donc un modèle pour tous.


La période intermédiaire : Classique, Lumières et début Empire

Madame de Montespan - AnonymeAu XVIIè siècle, la période dite Classique, dans la droite lignée de la période précédente, les académies ne jurent plus que par les proportions canoniques. On observe un véritable changement des représentations, plus austères.

La beauté est plus artificielle : le maquillage est accentué, la peau blanche est poudrée, alors que les lèvres sont bien rouges pour faire ressortir leur sensualité.

Le « sang bleu » est populaire : les nobles surlignent leurs veines de cette couleur pour affirmer leur ascendance. Les perruques, parfois très conséquentes, cachent les cheveux et seront même poudrées plus tard. Les corsets sont toujours utilisés, avec des robes descendant obligatoirement jusqu’à la cheville.

Où donc placer sa mouche ?Un détail amusant est l’utilisation des « mouches » : ce sont des petits bouts de taffetas ou de velours noir imitant un grain de beauté, que l’on se collait sur la peau pour en faire ressortir la blancheur et l’éclat du teint. A l’origine, les mouches servaient à cacher de vilains boutons de « petite variole », mais sont vite devenues un élément dont les femmes jouaient. En effet, selon la position sur le visage ou même le haut de la poitrine, sa signification changeait : l’« assassine » ou la « passionnée » près de l’œil, la « baiseuse » au coin de la bouche, la « galante » sur la joue...

Question propreté, au temps du roi Louis XIV, on constate un fort laisser-aller chez les nobles : ce sont les fous à qui on donnait des bains ! Alors on se frotte la peau avec des linges, et on ajoute une couche de parfum par-dessus. Les perruques servaient aussi à cacher les cheveux sales, voire les poux...

Portrait de l'Impératrice Joséphine par Antoine Jean GrosHeureusement, au XVIIIè siècle, celui des Lumières, on redécouvre peu à peu les bienfaits du lavage. Les corsets en bois cèdent la place au robes « Empire » vers 1795, qui soulignent la taille et compriment le ventre au lieu de mettre en valeur la poitrine.

Le teint des femmes redevient naturel, elles sont préférées plus vivantes et souriantes. Les cheveux sont savamment décoiffés, et retenus par des rubans ou des bandeaux de tissus. On prône « l’efficacité des corps et du renforcement des santés », ce qui tranche vraiment après la période des « Trois Grâces » (bien grasses) de Rubens au XVIIè siècle.


Le mot final d’AbsurdePhoton

Quoi, déjà fini ? Et les autres époques, alors !

Les canons de beauté sont basés avant tout sur des mesures. Mais avec l’avènement des communications modernes à partir du XIXè siècle, ils ont tout simplement laissé la place aux « modes », plus éphémères mais aux effets encore plus forts sur les femmes et l’image qu’elles « doivent » dégager.

Il ne faut pas oublier que les canons concernaient surtout les femmes « nobles », alors que les modes concerneront toutes les femmes sans distinction de leur origine.

La liberté grandissante chez les femmes a fait qu’elles ne voulaient plus être assujetties à de simples mesures, les canons de beauté ont donc été abandonnés. Mais la servitude de l’image, et le besoin de se conformer aux autres, sont restés malgré tout.



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